Décembre 2020

Sûr de Lui ou sûr de moi?

Chers amis membres de la Confraternité,

S'il est bien une chose avérée à la contemplation du mystère de Noël, c'est l'humilité incroyable du Fils de Dieu qui s'est, selon l'expression de saint Paul, "anéanti" pour venir nous sauver. "Il a tellement pris la dernière place, que personne ne pourra jamais lui ravir" disait également de Notre-Seigneur l'abbé Huvelin.

Et nous ? Et moi ? Sommes-nous prêts (suis-je prêt), non pas peut-être à prendre la dernière place, mais déjà à écouter avec un peu d'humilité celui qui se tient à côté de nous et qui pourrait avoir quelque chose d'intéressant à nous apprendre ?  Pas toujours.

Avouons que nous sommes parfois ou souvent, prêtres ou fidèles, bourrés de certitudes écrasantes qui pour certaines mériteraient d'être relativisées.

Il ne s'agit pas pour moi de mettre bien sûr en doute le moindre iota de l'évangile, de notre Credo ou encore de l'enseignement de l'Eglise. Mais reconnaissons que dans nos jugements quotidiens à table, souvent nous manquons d'honnêteté ou de distance car nous avons du mal à faire la part des choses. Nous sommes des passionnés, et pas toujours des passionnés de la vérité avec un grand V.

Le recul du temps nous permet de voir souvent ce que nous ne voulions pas voir dans le feu de l'action; et ce même recul du temps nous fait souvent nuancer des propos tenus quelques années plus tôt.

Combien de fois dans la vie de tous les jours voyons-nous si facilement les défauts du voisin (parfois bien réels), les failles dans telle ou telle famille ou communauté, en fermant un peu facilement les yeux sur les faiblesses et les péchés qui sont les nôtres. 

La défense légitime et importante de nos traditions liturgiques ou encore l'attachement à notre chère Fraternité peuvent également nous pousser, n'est-ce pas, à voir parfois le monde ecclésial trop en noir et blanc, alors que rien n'est toujours en fait aussi simple.

L'humilité et surtout l'honnêteté doivent nous faire reconnaitre le bien là où il se trouve. Fut-ce parfois chez une personne peu appréciée ou encore dans un milieu différent du nôtre. Et l'honnêteté toujours nous demande également de reconnaitre les difficultés et faiblesses de notre belle "famille".

Car la sainteté et la vérité dans toute leur pureté appartiennent à Dieu seul.

"Tu solus sanctus", nous le chantons dans notre Gloria de la messe. Dieu seul est saint. Il est également lui seul la voie, la vérité et la vie. Il est encore le seul qui sonde les reins et les coeurs et qui pèse toute chose avec une parfaite justice.

Le Seigneur nous donne ici-bas de pouvoir être les uns pour les autres des instruments de salut ; ne serait-ce que par notre exemple, par notre prière, ou encore par nos bonnes actions. Pensons à la veille de Noël au rôle si important de Notre-Dame dans la venue du Seigneur sur terre, ou encore à celui de saint Joseph. Ou encore aux prêtres, à qui Dieu demande d'être des médiateurs d'une manière toute particulière de sa grâce. Le Seigneur donne encore à telle ou telle Congrégation religieuse de pouvoir accomplir tel ou tel bien particulier dans l'Eglise (enseignement, travail paroissial, service des pauvres). Mais il reste cependant lui seul le Sauveur; et lui seul est également la voie, la vérité et la vie.

Tout le reste sur terre -sauf la Vierge immaculée- sera toujours touché par le péché (si l'Eglise est bien sûr sainte et sans péché, elle est cependant composée de pécheurs) ; et donc nous ne devons pas mettre notre foi et notre espérance théologales dans les hommes ou les systèmes en tant que tels, mais bien dans Dieu seul (qui nous donne parfois, c'est aussi vrai, des hommes ou des systèmes pour nous sanctifier) et dans l'Eglise dont nous savons qu'elle a les paroles de la vie éternelle.

La reconnaissance humble et sincère de notre petitesse est pour notre vie spirituelle une clé qui ouvre la porte à la venue de Dieu dans nos âmes. Elle est aussi oeuvre de vérité. Cette vérité qui rend libre.

Vis-à-vis de notre prochain, la sage expression française qui nous demande de tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de parler nous rappelle combien nous devrions être parfois ou souvent plus prudents et raisonnables dans nos jugements. Prenons un peu de distance, et surtout demandons à Dieu la grâce de nous faire voir les choses comme lui les voit. Avec charité et miséricorde pour les pauvres âmes qui peuplent cette terre. Nous en faisons partie nous aussi.

La Messe à vos intentions sera célébrée le 4 décembre prochain.

En vous souhaitant de très saintes fêtes de Noël. Ouvrons tout grand notre coeur à Dieu.

 

Nouvelles de la Fraternité

Peu de choses à écrire pour ce mois de confinement qui aura vu une nouvelle fois la France (entre autres) interdire les messes publiques. Accompagnant cette mesure de fermes menaces. Mais vos prêtres, selon la liberté d'action laissée à eux par la loi divine alliée aux circonstances de la Providence, n'ont pas chômé pendant ce temps d'interdiction du culte public. Vous êtes nombreux à le savoir et à en avoir profité.

Au séminaire Saint-Pierre, la formation de vos futurs prêtres continue avec les venues récentes  d'intervenants extérieurs : Annie Laurent pour une session sur l'Islam ou encore le Professeur Perrin dans le cadre des cours d'histoire de l'Eglise. L'abbé Giard donna quant à lui ce mois-ci une session d'histoire de la philosophie. Le mois prochain, ce sera au tour de l'abbé Paul-Joseph (Supérieur du district de France) de venir enseigner l'histoire de la philosophie aux séminaristes toujours heureux de voir passer au séminaire des prêtres de la Fraternité.

Au séminaire Notre-Dame de Guadalupe, 18 séminaristes ont été ordonnés lecteur et portier pour certains; et acolyte et exorciste pour d'autres. La cérémonie se tînt en privée dans la chapelle du séminaire et les ordres furent conférés par Monseigneur Robert Finn.

Du lundi 28 décembre au samedi 02 janvier 2021, Une retraite sera prêchée selon les exercices spirituels de Saint-Ignace pour les hommes à partir de 17 ans. Elle aura lieu à la maison de la Trinité de Cerfroid, berceau de l’ordre des Trinitaires (02810 Brumetz) à une heure de Paris. Retraite prêchée par l’abbé Louis Baudon de Mony (FSSP). Renseignements.

 

La Fraternité au Viet Nam, par l'abbé Laurent Demets

              Chers membres de la Confraternité  Saint Pierre, chers amis,

          L’année dernière je vous donnais des nouvelles depuis le monastère cistercien de Nho Quan au nord Viet Nam. C’est ici que j’ai passé ma première année dans le pays en enseignant le français et l’anglais aux frères. L’année scolaire s’est terminée en juin et après quelques visites dans le sud, il a été décidé d’installer notre fondation à Saigon. L’archevêque m’avait fait savoir qu’il était trop tôt pour avoir officiellement un apostolat et célébrer des messes publiques – il faut en général plusieurs années de résidence sur place et avoir au moins un membre de la communauté de nationalité vietnamienne pour cela – mais il n’est pas opposé à ma présence ici afin que je puisse aider les jeunes gens qui auraient une vocation pour la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre.

          Ainsi le 25 juillet nous inaugurions la maison saint Théophane Vénard, première maison de la Fraternité Saint Pierre en Asie. Deux jeunes hommes qui discernent leur vocation logent à la maison, ce qui nous permet d’avoir une vie de communauté et de réciter ou chanter l’Office Divin quotidiennement, outre la messe, qui bien que matinale – 5 heures du matin en semaine – est le point culminant de la journée. Par ailleurs je donne des cours d’anglais, de latin et de chant grégorien aux personnes intéressées. S’il plait à Dieu, nous pourrons envoyer de jeunes vietnamiens dans l’un de nos séminaires dans les prochaines années et avoir dans le futur une église ou même plusieurs – ayons de saintes ambitions ! Prions pour que le grain de sénevé devienne un arbre aux multiples ramifications !

          Le Viet Nam est un pays en plein développement économique. Saigon qui est le cœur économique du pays – la capitale étant Hanoi – est aujourd’hui une grande métropole de plusieurs millions d’habitants. Les années de guerre et de misère semblent être déjà du passé ancien et le pays est devenu un phare économique et technologique en Asie du Sud Est. Si une bonne partie de la population vit bien aujourd’hui, il ne faudrait toutefois pas oublier qu’il existe encore bien des gens qui vivent dans la précarité. Aussi les communautés catholiques plus fortunées organisent très régulièrement des œuvres de charité pour les plus démunis. L’année dernière, j’avais eu l’occasion d’aller avec quelques frères du monastère dans la province de Ha Tinh qui avait subi des inondations très sévères, ou encore de visiter les familles des villages environnants à l’occasion du Nouvel An Lunaire – Têt.

          Depuis mon arrivée à Saigon, j’ai pu  visiter une communauté religieuse qui s’inspire des Missionnaires de la Charité de Sainte Térésa de Calcutta (ces dernières ne sont officiellement pas admises au Viet Nam) et qui œuvre pour les pauvres et les malades sans moyen et sans famille. Plus récemment j’ai eu la grâce de pouvoir accompagner un groupe de fidèles de Saigon pour un voyage caritatif dans les hauts plateaux du centre Viet Nam. Cette belle région est encore assez pauvre. Qui plus est, elle a été durement éprouvée cette année par des inondations et des tornades qui ont fait plusieurs dizaines de victimes et ont laissé de nombreuses personnes sans habitation.

          Les hauts plateaux abritent plusieurs minorités ethniques – elles sont plus d’une cinquantaine au total dans tout le pays – en particuliers les Bahnars, les Rhades et les Hmongs que j’ai pu rencontrer. Beaucoup sont catholiques du fait des missions françaises du temps de l’Indochine. Aujourd’hui des prêtres et des religieuses vietnamiens exercent leur ministère auprès de ces populations qui vivent dans des villages plus ou moins éloignés.

          Après une nuit de bus nous arrivions dans la région de Kon Tum. Notre première journée fut consacrée à la visite de deux orphelinats. Nous apportions avec nous vivres et vêtements et les dames de notre groupe ont préparé un bon repas pour les enfants et les bénévoles. La joie et les sourires de tous furent notre récompense. Nous avons ensuite passé la nuit dans une paroisse située à côté d’un lieu de pèlerinage mariale. Le curé et les sœurs de la paroisse, touchés d’avoir la visite d’un prêtre français, m’ont invité à revenir pour la fête de l’Immaculée Conception qui sera l’occasion d’un grand pèlerinage pour les Bahnars. Ce sera donc avec plaisir que je reviendrai dans quelques jours.

          Le lendemain nous visitions la cathédrale de Kon Tum puis partions pour Buôn Ma Thuôt. Nous avions prévu d’aller aider des sœurs qui s’occupent d’une léproserie, mais nous n’avons pas obtenu les autorisations gouvernementales pour cela. Nous avons toutefois pu rencontrer la supérieure et lui remettre les dons des fidèles de Saigon.

          Enfin le troisième jour, nous nous sommes arrêtés dans une mission tenue par des Pères Dominicains, qui avec l’aide de religieuses, exercent un ministère auprès des Rhades et des Hmongs. C’est en scooter que nous avons pu accéder au village Hmong, la route étant trop étroite pour le bus. Là encore la joie des habitants nous toucha. Comme à Kon Tum, les prêtres et les sœurs m’ont invité à revenir dès que possible. Je le souhaite de tout cœur.

          Ainsi bien que nous n’ayons pas d’apostolat officiel au Viet Nam, le travail ne manque pas et les jours se succèdent à grande vitesse. L’Avent qui approche à grand pas nous rappelle que c’est dans la simplicité et la pauvreté que le Verbe s’est incarné. En nous préparant à la fête de Noel, demandons la grâce de pouvoir vivre simplement et humblement. Et que ceux qui ont plus puisse ne pas oublier les plus démunis !

          Vous confiant tous à Notre Dame, je vous demande vos prières pour notre lointaine mission. Que Dieu vous bénisse !

Pour aider notre Mission au Viet Nam à l'occasion des fêtes de Noël, vous pouvez faire des dons via la Maison générale de la Fraternité, en mentionnant "Pour le Viet Nam". Avec un immense merci pour votre générosité, et des souhaits de saintes Fêtes de Noël. Abbé Hubert Bizard